Dakar 2003 : Newsletters

Au mois de mai, les membres d’Afric’Edu, association d’étudiants lyonnais, acceptaient que je les suive dans la réalisation de leur projet d’ « aide au développement ».

Quelques jours avant, je réalisais les interviews d’« avant voyage » où tous me confiaient leurs craintes et surtout leurs attentes. Ils s’étaient investis pendant un an. L’inconnu effraie toujours mais l’excitation les enveloppait palpable. Au-delà du projet, le voyage résonnait autrement, bien plus. Un désir profond de rencontres, d’échanges humains avec un peuple, une culture, le Sénégal, l’Afrique. Les espérances n’étaient pas les mêmes mais tous cherchaient un ailleurs, autre chose.
Je les retrouvais à l’aéroport Léopold Sedar Senghor de Dakar. Leur atterrissage était prévu à trois heures du matin.

Les Newsletters qui suivent sont celles que j’envoyais chaque semaine pour informer partenaires, famille et amis de l’aventure africaine de ces douze « toubabs ».

Newsletter 1. Semaine du 23 au 28 juin.

Diam’n gen wa Dakar...

_Nouvelles d’une première semaine mouvementée._
Première réunion avec les membres partenaires de l’association Bokk Jang / Bokk Jef, récupération du container, visite chez les officiels locaux, découverte des deux futurs centres de formation et…l’équipe démarre activement la réalisation du projet.
Et tellement de décalages, d’images, de « claques » qui vous laissent songeur les soirs aux abords de son carnet, allongés sous les moustiquaires.
Et puis à côté, oui juste à côté, l’accueil de Magatte Sy, doyenne du quartier qui nous héberge, son dynamisme, sa chaleur et son sourire. Les repas, tous ensemble, assis en cercle dans la cour sur une natte. Ces deux grandes assiettes creuses pleines de nourriture qui ne cessent de se remplir.
Tous ces sourires, ses mains fermement serrées, ces « Nanga def », comment ça va ?Les gamins du quartier que les photos amusent, mille portraits à faire.
Enfin, peu à peu, chacun prend ses marques et Dakar l’impressionnante se dessine.
Tous les jours, les étudiants la traversent, s’arrêtent, déambulent, s’y baladent. Il y a les routes, entre goudron, sable et poussière, sans aucun panneau de circulation, cette circulation effarante sans aucune règle. Ces détritus entassés sur le bas côté, la misère. Malgré la foule inquiétante qui sans cesse vous aborde, il reste cet étrange sentiment de bien être, de sécurité. Ici, la chaleur n’est pas qu’une question de température. Ici, le temps est différent, les montres ne se nouent plus aux poignets mais dans les sacs et dans les placards. Ici, les jours se comptent aux cachets de Savarine…

Premier objectif, sortir le container…

Parcours Initiatique dans l’administration sénégalaise
Quand Jean et Bertrand arrivent samedi, le container est bloqué dans les entrepôts du transitaire MAERSK. Pendant trois jours, accompagné de Magatte, ils vont de bureaux en bureaux, serrer mains et mains, rencontrer telle ou telle personnalité. Ambassade française, bureau des douanes, ministère du développement social. Un périple administratif de trois jours en plein Dakar. Du mouvement, beaucoup de mouvement…

Malgré les démarches commencées en France, l’envoie de nombreuses lettres aux officiels, de dossiers, les destinataires ne sont pas tous au courant. Lettres égarées ou atterries ailleurs…
Après deux jours de démarches solennelles, le problème se règlera finalement de façon moins officielle mais plus efficace. Le colonel de la direction des douanes et le transitaire habitent tous dans la cité où les étudiants logent. Mardi matin, Bertrand et Jean rendent donc visite au colonel des douanes, à quelques mètres.
Dynamique et encourageant, il est enthousiasmé par leur projet. Depuis quelques années, le gouvernement sénégalais pratique une politique d’ouverture aux nouvelles technologies. Les frais de douane du matériel informatique sont d’ailleurs moins élevés que ceux des denrées alimentaires.
De retour, nous allons voir le transitaire, il lance le dédouanement, trois heures après Bertrand et Jean apportent l’argent en liquide. Mercredi, le container est amené dans le quartier. Efficace, rapide, grâce à la motivation et le dynamisme de quatre personnalités bien placées nous obtenons le container. Gros soulagement lisible sur les visages.

Première rencontre Bokk Jang / Afric’Edu
Mardi, première rencontre avec tous les membres de l’association Bokk Jang, partenaire locale du projet. La réunion a lieu dans les locaux de l’entreprise informatique de Madame Sylla, en plein Dakar. Magatte Sy, chez qui certains logent, préside la réunion.
Ils ont préparé un planning serré pour les étudiants d’Afric’Edu. L’installation des deux centres doit être réglée avant le 30 juin afin de démarrer la formation.
La cérémonie officielle d’ouverture des centres est prévue pour le 5 juillet en présence des personnalités locales et de la presse.
Pendant trois semaines, les étudiants d’Afric’Edu se scinderont en deux équipes pour familiariser des « formateurs » locaux volontaires aux logiciels informatiques et à la maintenance du matériel, du réseau. Le choix du système d’exploitation demeure encore indécis. Petite préférence pour Linux bien que peu répandu. Ses licences sont gratuites.
Bokk Jang attend beaucoup de la formation. De retour chez eux, les dix se sont mis à bûcher fermement leurs manuels de fonctionnement. L’image fait sourire, ils travaillent sur la formation dans la cour, assis en tailleur ou étendus au soleil sur les nattes…

Réception du Container…
Les étudiants étaient en train de manger assis en cercle quand le colonel à franchit l’entrée de la cour. « Le container arrive dans une demi-heure… ». Rapidement, tous s’activent, excitation et crème solaire sur les visages, il faut décharger les ordinateurs en plein soleil. Ouverture des portes du camion. Tout est là même le mouchoir de Jérémy abandonné à Lyon.
Certains gamins du quartier, filles et garçons, nous aident à le décharger. Les plus petits s’amusent à porter des cartons qui font la moitié de leur taille. Aller retour incessant mais amusé dans la maison d’un habitant qui nous prête une pièce pour entreposer les ordinateurs. Fin du déchargement autours de bouteille de coca, photos, les gamins accourent pour être dessus. Ils se voient sur l’écran, ça les éclate…
Cette petite parenthèse permet de sympathiser avec les habitants du quartier. Désormais, certains viennent jouer chez Madame Sy qui nous logent. Partie de foot dans le sable devant la maison. Conversations tardives, échanges.

Visite des deux centres….
Nous gagnons les quartiers en taxi. Dix francs la course. Traversons la ville de Dakar pour se rendre dans le quartier de HANN puis de FASS. Le local mis à disposition dans le quartier de HANN appartient à l’ONG ORT-SEN. Un centre où école maternelle, ateliers de coutures et bureaux administratifs sont regroupés. Nous allons déloger le maire pour installer la salle de formation et le cybercafé.
Fass est un quartier plus populaire. « Construit sur une plage… ». Il n’y a que du sable, les immeubles sont bas et les maisons blanches.

PHOTOGRAPHIES « GRAND-ANGLE »

Une arrivée en Afrique…
Un rectangle de douane grillagé côté hall de l’aéroport, de larges vitres côté rue. Des mains, des poignées, des sourires à la peau tannée par le ciel. Méfiez-vous, mon frère, méfiez-vous. Un nouveau vol arrive d’Europe, la foule s’agglutine aux grilles du rectangle des douanes. A plus à peine plus d’un mètre de distance de la rue, des alignements de barrières bien gardées par le Service pour la Sécurité des Touristes.
Dakar se tient là, derrière ça, plus très loin. La ville vous appelle, vous happe, cette foule des « rend services » qui guète les « toubabs », touristes blancs, pour les aider, moyennant finance, avant qu’ils ne se cloîtrent dans leurs taxis.
« Tu veux une adresse, t’es français ? ». A peine émergés des longues heures de voyage, séchés par la chaleur épaisse et soudaine à la descente de l’avion, les arrivant s’éveillent doucement Les yeux grands ouverts, éberlués par cette masse qu’ils traversent. « Tiens, je te porte tes bagages. Tu veux téléphoner ? Viens! Je t’emmène téléphoner, suis-moi… ». La tête vous tourne. Les étudiants d’Afric’Edu hallucinent et sortent deux par deux du hall de la douane. Il s’agit que l’on se regroupe. Guillaume, Jeh et Papa sortent les premiers. On leur fait signe, ils nous ont vu. Les visages se décrispent. Une claque dans la tête. Autours, des mains veulent empoigner les bagages, aider à porter. « Non, c’est bon, merci, on n’a besoin de rien…. » Guillaume s’est fait avoir. « Eh, il part où avec ma valise…. » Pas loin… Ca braille, ça propose, empoigne gentiment, interpelle. Les premiers mots de Wolof résonnent. Premières sonorités. « Comment tu t’appelles ? On vient te chercher ? » Oui, nous venons les chercher. Berti et Jean sont là, à Dakar depuis samedi. Cheikh (prononcer cher) le chauffeur de madame Sylla nous accompagne. Ils traversent la rue pour les aider ramener leurs bagages. Vite, ça va vite.
Tout le monde est là. Au milieu des sacs, tous assis sur le rebord d’un trottoir, chacun reprend ses esprits et son souffle. « J’y crois pas on est tombé où… » sourit Papa. Romain me demande, « On peut faire confiance à qui là ? vous connaissez qui ? ».
« C’est Sénégal ! » répond souriant Abi, un rasta avec ses dreads et drapé d’une longue toge. Impassible, il est assis au beau milieu des dix posés en tas. Il discute avec chacun. Deux autres échangent, demandent si l’on désire un taxi. Ils sont rapidement cinq à vouloir nous aider. Cheikh se démène à en trouver deux, il négocie avec eux. « Ici, il n’y pas de boulot et on veut pas voler. Donc tu comprends, il faut que l’on vive… Je passe toute la nuit à l’aéroport… oaui, t’aurais rien pour ton pote… Allez après tout ce que je viens de te dire ». Puis quand Abi nous laisse un autre reprend. « Ici, c’est la porte d’entrée de l’Afrique… tous les Africains viennent y chercher du boulot. Ivoirien, malien…». Jérémy discute avec eux, les interrogent. Puis dans le taxi, Guillaume raconte. « J’adore ! Le gars, il me dit : nous les Sénégalais, on colle mais on ne pique pas. La phrase est terrible !».
Oui, c’est ça Sénégal, ces contacts humains exubérants auxquels nous ne sommes pas habitués. Ces échanges, parfois intéressés, mais derrière lesquels s’esquisse une véritable chaleur, profonde, de corps, de mentalité… de culture.

Quartier Bel air, l’avancé dans la baie de Hann

Nous logeons dans le quartier résidentiel de Bel air, aux abord de la baie de Hann, à trois quarts d’heure à pieds de la place de l’Indépendance, centre de Dakar. Une enclave fermée par une barrière, surveillée par un gardien en uniforme. Bertrand et Jean dorment dans la maison de Madame Sylla, présidente de l’association Bokk Jang. Le reste du groupe est chez Magatte Sy, doyenne du village et membre de l’association. Nous sommes chaleureusement accueillis. Les moustiquaires fermement tendues et bordées sous les matelas. Certains dorment dehors. Un souffle frais souffle du large. Un quartier aisé vraiment paisible.

Dakar 2003 : Newsletter 2

Newsletter 2. semaine 29 juin au 6 juillet.

Fass Delorme. Hann Bel-Air. Parcelles Assainies.

Trois quartiers loin bien loin des endroits les plus visités de la capitale. Quartiers populaires plus ou moins récents, plus ou moins pauvres, éloignés des bâtiments administratifs, des arcanes de la place de l’Indépendance où banques et bureaux trônent bien gardés, loin du centre « officiel » grouillant et chaotique. Plus proche des maisons basses et blanches aux fondations ensevelies dans le sable, des chèvres qui beuglent dans les rues, au cœur même des habitations, de cette chaleur et de cette spontanéité sénégalaise, la teranga des Lions. Cette même envie de partage de culture, de langues, de traditions… Cette semaine, Thibaud, président d’Afric’Edu et Madame Sylla, présidente de l’association Bokk Jang ont rejoint les équipes. Les étudiants ont terminé l’installation du matériel à Fass Delorme, à Hann Bel-Air et attendent les réparations et l’aménagement des Parcelles pour l’équiper. Entre gros coups de speed, petites fatigues et la nécessité de clarifier les incompréhensions, ce fut une semaine chargée et parsemée de réunions… Afric’Edu a sélectionné les six formateurs de chacun des centres. L’inauguration du premier centre, samedi 5 juillet, à Fass Delorme fut une véritable réussite. Maimouna Sourany Ndir, Ministre du Développement Economique et Social, est venue saluer l’initiative des étudiants d’Afric’Edu. Elle a également affirmé son soutien à Bokk Jang/ Bokk Jëf et promet de débloquer 1 million de francs CFA pour soutenir leur action. Les étudiants continuent de vivre Dakar, de respirer Dakar, de baigner dans Dakar mais Dakar use. Les orages abondants qui éclatent certaines nuits (Saison humide oblige…) et qui « marrent » de flaques la ville rafraîchissent un temps les esprits. Et notre supplément week-end !!! Retour à l’Université Gaston Berger, première structure équipée par Afric’Edu en 2000.

Fass Delorme, au cœur de Dakar, quartier aux portes ouvertes

Dès samedi, les étudiants d’Afric’Edu chargent le matériel. Direction le quartier de Fass Delorme, premier centre disponible pour l’équipement. Magnifique traversée de Dakar, tassés au milieu des cartons à l’arrière du camion. « Toubab, Toubab… » s’esclaffent les passants… « Et oui, c’est nous les toubabs ! ». Dakar vue d’en haut, ses odeurs et ses vents. Eclats de rire, excitation, le camion chevrote, tremble, tente tant bien que mal de se tracer un sillage dans la circulation grouillante, abondante. Coups de klaxons, taxis, « calèches sur pneus » tirées par un cheval, vendeurs à la sauvette. La foule en effervescence. Les étudiants gagnent Fass Delorme, qui, selon ses habitants, est le « véritable Cœur de Dakar ». Quartier populaire, traditionnel. Ici, tout le monde semble se connaître. A leur arrivé au Centre Social, les gamins accourent, les aident à décharger. Les responsables du centre sont là aussi. Immense chaîne humaine et photos. Hurlements joyeux, enthousiasme d’un quartier qui nous attendait. Les gamins viennent un par un serrer les mains. Timides, amusés de voir tous ces Toubabs. Ils s’emmêlent entre eux, veulent être pris en photos, s’avancent, font quelques pas puis filent se planquer… Fass Delorme est un quartier traditionnel et populaire à deux pas de la Médina. Blocs de maisons basses aux façades usées, décrépies. Entre de larges routes ensablées, bordées de minuscules baraques -coiffeurs, épiceries, restos « bouibouis » et milles ruelles étriquées qui mènent à une succession de cours intérieures que l’on traverse. Le linge y sèche. Il y a aussi tous ces tas… de cailloux, de papiers, de sable. Un Endroit où il n’est pas courrant de voir déambuler douze « Toubabs ». Ca se lit dans les regards, sur les visages des habitants, debout sur le pas des portes, s’écoute dans la bouche des gamins qui s’arrêtent de jouer, un instant, les observent et hurlent en souriant « Toubabs, toubabs ! ». L’installation du matériel prend plusieurs jours. Il s’agit de régler les problèmes d’électricité, de tables, de chaises et de climatisation. Il fait plus chaud à l’intérieure qu’à l’extérieure. Les ventilateurs tournent sans cesse. Les câblages et amas de fils électriques baignent dans la sueur. L’équipe responsable du centre, Romain, Nicolas Ortiou (dit Papa), Nicolas, Jérémie et Julien travaillent d’arrache pied à ce que la salle soit prête pour l’inauguration de samedi.

Hann Bel-Air : salle de classe deviendra salle de formation.

Autre quartier, autre ambiance. Le second centre est hébergé par l’ORT-SEN, une ONG consacrée à l’Education, partenaire de Bokk Jang et propriétaire de plusieurs annexes dans Dakar. Un quartier de terre et de taule plus que de pierre et de sable. Autres couleurs, autres odeurs. L’annexe d’Hann Bel-Air est accolé à une large route maigrement goudronnée, en face des citernes Mobil. Il suffit de faire quelques pas, de rentrer plus en profondeur, pour découvrir des maisons de pêcheurs, une large plage, la mer. Les pirogues se dispersent par centaine, ancrées au sable, au milieu de papiers gras, d’amas de poissons morts et déchets de toute sorte. L’annexe d’Hann accueille déjà un atelier couture, le bureau du maire de la commune, un dispensaire et une école maternelle. La direction de l’ORT-Sen a mis une salle de classe à la disposition d’Afric’Edu- Bokk Jang. Aux murs, empruntes bariolées de mains minuscules, au sol, petites tables et chaises sur lesquels Mathieu, Jean, Bertrand, Guillaume puis Thibaud épluchent les premiers CV des personnes intéressées par la formation. Au devant, un tableau noir trône où figure, tracé la craie, l’alphabet Wolofs. Une bonne vieille affiche pour un dentifrice, gondolée aux coins et jaunis par l’humidité est affichée au fond. Les étudiants d’Afric’Edu aménagent la salle et commencent l’installation. Imaginez une large cours d’école, les gosses qui se collent aux vitres, observent curieux les Toubabs. Le bruit des hurlements, quelques chansons saisies au vol, claquements des pas des institutrices… La salle d’Hann Bel-Air ne sera pas permanente. Les enfants sont en vacances, elle sera utilisée le temps de la formation puis re-déménagement dans une salle cette fois-ci permanente. Malgré quelques démêlés et maintes palabres avec l’ORT-SEN, ONG partenaire de Bokk Jang, qui héberge le centre de formation et le cyber, madame Sylla et Afric’Edu ont posé les choses au clair. Les tergiversations n’ont finalement pas causé de ralentissement notable sur leur timing, simplement quelques inquiétudes. Afic’Edu s’est un instant vu devoir rapatrier tout matériel en une après-midi.

Sélection des formateurs…

Toute la journée de vendredi est consacrée aux entretiens avec les futurs formateurs. Ils sont une quinzaine en moyenne à postuler dans chacun des centres. Seuls six sont retenues avec le quota voulu de quatre filles pour deux garçons. Pour une fois, les étudiants se trouvent côté « employeur », rôle qu’ils ne semblent pas véritablement tous apprécier. 

Inauguration du Centre de Fass Delorme

Rendez-vous à 10 heures pour l’inauguration. Les membres d’Afric’Edu attendent une demi-heure, une heure… le temps sénégalais. Les invités arrivent les uns après les autres, l’assistance se remplie. Doucement. De plus en plus de bruit de fond, de monde, ne reste plus qu’à attendre l’arrivé du maire du quartier de Fass Delorme. Les journalistes sont là. Enfin, le maire prend place, s’assoie à gauche de Madame Sylla, en costume vert, cravate, une large paire de Rayban qu’il ne quittera qu’au moment de parler. Il est le seul à être habillé ainsi. Il paraît distant et ne pas franchement être concerné. Thibaud va parler. Il se tourne vers moi. « Là je commence un peu à flipper… ». Iba anime la cérémonie. Thibaud entame les remerciements puis les discours se succèdent. Monsieur Diop, parrain du projet d’Afric’Edu, le directeur du centre social, le chef du quartier, responsable de l’association des jeunes puis Madame Sylla. Acclamation, tonnerre d’applaudissements avant même qu’elle ne parle. Sûre d’elle, heureuse de voir se concrétiser le projet, elle salue le partenariat avec Afric’Edu, raconte l’origine du projet, les lenteurs, les obstacles et l’Aujourd’hui… Cette fois-ci, Nicolas Pallin se tourne vers moi…les yeux un brin rouge. Dans les mots, dans l’enthousiasme généré, l’émotion est palpable. Madame Sylla est soudainement interrompue. Enorme brouhaha de chaises, l’assistance s’agite, les yeux se tournent vers la rue. « Madame la Ministre est là… ». Madame le Ministre est effectivement là… Maimouna Sourang Ndir, Ministre du Développement Economique et Social, traverse l’assistance et vient s’asseoir aux côtés de Madame Sylla. Les discours reprennent… Le maire s’accapare la parole et en profite pour alpaguer le ministre. Il fait maintes promesses et justifie ses actions (A priori guère existantes…) par une foule de… contradictions. La tribune ne cesse de réagir. Nous apprendrons plus tard qu’il n'est guère apprécié. Madame le Ministre conclu la cérémonie. Elle affirme son soutien à Bokk Jang, salue l’initiative des étudiants d’Afric’Edu et fait une promesse de 1 million de francs CFA afin de garantir le fonctionnement de la structure. Heureuse surprise. Avant de repartir, elle visitera accompagnée de son garde du corps, les locaux fraîchement installés. Après deux semaines non-stop, les levés à 7 heures du matin, les rares couchés avant minuit, toute l’équipe est fatiguée. On s’accorde le lundi et le dimanche… une partie part pour Saint-Louis et l’autre pour les îles du Saloum. Histoire de prendre l’air, le large, de souffler un peu…

Retour à l’Université Gaston Berger, sur les traces des Anciens

Il y a deux ans, la bibliothèque de l’université Gaston Berger de Saint-Louis était la première structure à bénéficier de l’action d’Afric’Edu. L’équipe de cette année a fait un détour par le campus. Qu’est devenu le matériel ? Est-il toujours là ? Est-il toujours utilisé ? Petite visite surprise, histoire de voir ce qu’il en est. « Non, mais ça fait du baume au cœur. Le fait que cela existe toujours, que ce n’est pas été piqué… ». Un vaste campus au milieu de nul part avec des bâtiments disséminés aux creux de dunes de sable. Une verdure sèche où l’air est frais. Un bureau bien gardé. Visite chez le Chef de la Sécurité et de l’Environnement qui se souvient bien du projet. « Nous allons pouvoir donner des nouvelles à l’ancienne équipe. Je pense qu’ils seront contents de voir des photos et de se dire qu’ils n’ont pas fait ça pour rien et qu’au bout de deux ans ça existe encore… » Grève administrative, la bibliothèque est fermée. Le responsable de la sécurité accepte tout de même de nous y conduire. « …les mêmes postes ? ouais, ouais sûr. Des pentiums 60, enfin des 486 DX2 60 à mon avis. Ce sont de vieux PC, cela correspond bien à ce qu’il avait récolté il y a deux ans… » Longue montée de marches pour atteindre l’étage. Silence solennel. Mathieu et Guillaume reconnaissent le lieu aux photos qu’ils ont pu voir. La même salle, même piliers blancs au centre… même disposition des postes en L. Aucun doute. Seize postes bâchés d’une housse verte « Université Gaston Berger », disposés dans un angle. Sur chacun des postes, la première équipe avait collé des noms de villes. Elles y sont toujours. Les étudiants allument un ordinateur. A la vue du bureau, chargé d’icônes, le matériel demeure encore « copieusement » utilisé. « Nous avions su qu’il y avait quatre PC qui ne marchaient pas et dans le coin, nous en avons vu quatre PC…donc depuis deux ans ça n’a pas trop bougé. Ils n’ont même pas enlevé les quatre PC qui ne fonctionnaient pas… » Un détail… qu’importe, l’essentiel y est. Alors que les étudiants petit déjeunent dans un cabanon à deux pas de l’entrée, qu’ils échangent leurs impressions, trois étudiantes sénégalaise s’arrêtent, pas tout à fait par hasard, pour échanger. L’une d’elle nous explique que les postes de la BU restent les plus utilisés malgré l’implantation d’un CYBER-Centre sur le Campus. Il y a deux ans, Afric’Edu avait monté les postes sur un Modem, aujourd’hui, l’université les a connectés à l’ADSL. « Nous serons contents d’avoir la même chose, un jour ou l’autre en retour. Essayer de reprendre contact…savoir ce que cela devient… » conclu Thibaud.

Dakar 2003 : Newsletter 3

Newsletter 3. Lundi 7 juillet au lundi 14 juillet 2003.

Les formations ont débuté dans les deux centres.

A Hann Bel-Air, Mathieu anime la formation. Cours littéral, un écran de Pc accolé au tableau monté au sommet d'une unité centrale, en équilibre sur une table. Les "élèves" sont disposés en rangés de quatre ou cinq. Une craie dans la main gauche, une souris dans la droite. Bertrand et Guillaume, plus en retraits, circulent entre les rangs pour encadrer chacun des élèves. A Fass Delorme, les futurs formateurs des centres de Parcelles et de Fass sont regroupés. L'équipe adopte un enseignement de "proximité". Romain, Jean, Nicolas (Papa) et Jérémie se sont partagé les élèves en groupes de deux ou trois, selon les niveaux. Madame Sylla compte sur “ la concurrence ” entre les deux centres pour dynamiser les formateurs. La rénovation du troisième local des Parcelles Assainies est terminée, les étudiants pourront occuper les locaux dès le lundi 14 juillet pour installer le matériel.
Les étudiants se font à Dakar. Les habitants de ses quartiers se font aux douze toubabs qu'ils voient passer chaque jour. Les orages éclatent toujours aux soirs, la chaleur est toujours énorme, les personnes que l'on croise, que l'on rencontre, le temps d'un repas, d'une conversation, sont toujours les mêmes, un sourire, des partages, des tapes sur l'épaule, des "faites comme chez vous, revenez quand vous voulez..." Léguilégui.
La fin de semaine fut marquée par la visite de Thibaud et de Madame Sylla dans les bureaux du Ministre du Développement Social. Comme promis lors de la cérémonie de lancement, elle a remis une enveloppe de 1 million de FCFA. Elle a affirmé son soutien à Bokk Jang et souhaite que l'association élargisse son action en intégrant comme autre “ cible ” prioritaire les handicapés. Elle a vivement remercié et encouragé l'association Afric'Edu pour son implication dans le projet.
Isabelle, dernière membre d'Afric'Edu parvenue à Dakar, a rejoint l'équipe. Quelques grammes de féminité dans un monde de chambres mal rangées, de crasse et de mauvaises odeurs. En stage avec Thibaud, l'année dernière à Dakar, ils avaient tous les deux rencontré Madame Sylla et évoqué les prémisses d'un partenariat. Le soir de son arrivé fut l'occasion d'ouvrir le Livre d'Or de l'association Bokk Jang et d'y relire quelques phrases écrites il y a un an, le 31 juillet 2002.

“ Nous sommes vraiment très motivés pour ce projet et nous souhaitons de tout notre coeur tenir notre engagement. C'est un formidable espoir !
Comme vous le dites si bien,
Inch Allah ! ”
Inch Allah...

L'inauguration du 5 juillet s'est fait en présence de quelques journalistes locaux. Un article fut publié dans le Soleil, quotidien national, parut le mardi 8 juillet 2003.
Le lancement a également été couvert par le quotidien privé “Le Témoin ” dans un article publié le dimanche 6 juillet.

Hann Bel-Air ou le “silence” d'une cours d'école.

Mathieu, posté au tableau, anime le cours. Face à lui, neufs futurs formateurs dont huit filles disposées en lignes sur trois rangs de bureaux. L'ambiance est studieuse, certains prennent des notes. Guillaume et Bertrand circulent entre les rangs, se penchent par-dessus les épaules, répondent aux questions, accompagnent les mains sur les souris. Le professeur débute son cours, sa voix porte. “ Le répertoire que vous venez de créer, on va faire une première chose?", il interrompt."ah, ce n'est pas fait." Cinq à dix minutes s'écoulent. “ Bon maintenant le fichier que vous venez de créer avec votre nom, on va d'abord essayer de le copier ailleurs. Vous cliquez une seule fois dessus pour qu'il soit une seule fois en bleu. ” Explications. De longues minutes s'écoulent. Le bruit des touches qui s'enfoncent, les clics répétitifs de la souris, les affalés des fonds de classe appellent le formateur d'un claquement de doigt. Entre temps, Guillaume reste en retrait et s'acharne patiemment à expliquer comment se déplacer avec une souris. “ Il ne faut pas avoir peur de bien tenir sa souris. Tu ne vas pas la casser !Tu as appuyé sur quel bouton là ?” Il est rouge, il fait chaud, il sue. Il sourit un brin crispé.
Les niveaux sont disparates. Si certaines n'ont jamais touché un ordinateur, d'autres possèdent quelques bases. Elles sont secrétaires, directrices, d'anciennes étudiantes.
“ Elles utilisent des ordinateurs tous les jours, m'explique Mathieu à la pause, mais elles résonnent selon des rails. Elles font tout le temps la même chose. Ce sont des automatismes. Une fois sorties de ces trames, elles sont complètement perdues. J'essaye de leur faire comprendre le fonctionnement global, un raisonnement. Essayer qu'elles acquièrent une autonomie vis à vis des logiciels. Travailler en automatismes ne résout rien. Il faut cerner le schéma global et acquérir des réflexes adaptables à tout type de logiciels. Il faut qu'elles comprennent ce qu'elles font et qu'elles puissent se débrouiller seules.”
Au bout trois heures, Guillaume sort. Passe sa main dans les cheveux une bonne centaine de fois ? “Mes impressions ? Il ne vaut mieux pas que je te les donne mes impressions?." Il se jette à nouveau à l'intérieur. Bertrand débat toujours avec Monsieur Fall, Directeur de l'ORT, ONG qui héberge le centre. Une lutte de plusieurs heures et de plusieurs réunions afin d'obtenir un devis pour la réhabilitation des installations électriques. Monsieur Fall est un homme à palabres.
Il arrive que des chèvres piétinent le gravier, s'attardent un instant curieuses entre les jeux pour enfants. Dans le silence d'une cours d'école désertée pour les vacances, elles dénotent avec le paysage. En fond, la rue et ses habitudes bancales et bruyantes, son bruit, ses camions qui font friser les murs. Toujours.

Fass Delorme, bruissements de ventilateurs et coupures de courant.

Les pièces de Fass Delorme regroupent les six formateurs du centre et les six autres du quartier des Parcelles Assainies. Douze personnes au total disposées en rectangle, le dos des écrans accolés aux murs. Dès neuf heures, les ventilateurs tournent déjà bruyants, l'atmosphère est suffocante, la climatisation, actuellement en réparation, laisse un creux béant dans le mur. Et ces fissures qui courent et écaillent la peinture.
“ Tu vois, il faut double cliquer très rapidement. Vous commencez à lire le poly? ”. Nicolas Ortiou dit Papa Malick a parlé. A droite. “ C'est bon, ajoute Jean, vous lisez bien les cours ”. A moins de vingt centimètres, Romain. “ Tu vas aller voir dans mes documents? ”. Droite, gauche, tout autour, au milieu, les étudiants encadrent deux à trois formateurs chacun. L'ambiance est conviviale, studieuse, quelques murmures de Wolof.
Deux coupures de courant sont intervenues les deux premiers jours de formation. Les étudiants démontent alors quelques machines et expliquent en cercle le fonctionnement du “ HARD ”. Disque dur, carte mère, fiche. Papa Malick prend une craie, s'installe devant un tableau noir vétuste et grinçant. Quelques dessins à la craie pour schématiser un réseau. L'assemblée en cercle, les bouches fermée, les yeux ouverts suivent attentifs. Jolis schémas Papa, jolis schémas !
“ Le plus dur est d'expliquer les choses qui sont devenues naturelles pour nous. Copier/ Coller et même aller chercher des fichiers, cela parait logique, tu n'as pas besoin d'expliquer. Il faut aller le chercher là où tu l'as enregistré. Mais c'est toute une démarche qui est difficile, il faut manipuler. C'est quelque chose qui est difficile à inculquer.” m'explique Thibaud. La complexité du décalage entre les attentes d'Afric'Edu et la réalité concrète oblige les étudiants à revenir un peu sur leurs objectifs de départ. “ Cela va au-delà de lacunes informatiques, ce sont des lacunes scolaires.”
Les étudiants adaptent leurs cours et reconnaissent que dans les personnes sélectionnées, certaines ne seront pas “formateurs”. “ Le problème est que toi tu veux directement aller aux choses qui te semblent compliquer à comprendre. Il faut revenir à la base, des trucs sur lesquels tu n'avais pas prévu de passer du temps. Mettre ton curseur au bon endroit, sauter une ligne, ce genre de chose. ” conclu Romain.

Directrice, Couturière, anciens étudiants aujourd'hui sans profession

La plupart des futurs formateurs possèdent un faible niveau d'études. En moyenne âgées entre vingt et trente ans, elles ont arrêté en seconde, première ou terminale. Elles sont couturières, coiffeuse ou sans emploie. Lors de la sélection des formateurs, les étudiants ont lourdement insisté sur les motivations. Il ne s'agit pas de bénéficier de la formation puis de quitter ensuite les centres. Les formateurs ont l'obligation de rester dans les centres pendant un an afin de transmettre leur enseignement à d'autres jeunes. Ici, les formations privées coûtent excessivement chère, tout le monde n'y a donc pas accès, en faciliter l'accès à des jeunes issus de quartiers défavorisés constitue une véritable opportunité.

Bien que le gouvernement Sénégalais investisse un tiers de son budget dans l’éducation, le niveau de scolarisation demeure faible. 55,7% dans le primaire, 16% dans le secondaire et 3% dans le supérieure. Sur une population d’environ neuf millions neuf cent milles habitants, le taux d’analphabétisme est de 2,4 millions dont 1,5 millions sont des femmes.

Photographie Grand-angle

Un Taxi humide pour Dakar...

L'ensemble des étudiants patiente devant le centre des Parcelles Assainies. Il n'est pas loin de seize heures, le ciel pèse lourd. Quelques premières gouttes puis l'orage éclate. Les t-shirts mouillés de sueurs deviennent rapidement gorgés de pluie.

Lors de ces orages d'été, les rues de Dakar sont des flaques puis des fleuves. La pluie bat les pare-brise, rythme les taules, déplace par vagues les détritus, inonde les cours et fait tomber la terre des toits. Dakar s'arrête, s'immobilise, ne laissant vivre que sa circulation décidément imperturbable. Le paysage devient chaotique. Le vent fait voler les papiers en de vastes tourbillons. Des étincelles éclatent de certains pylônes électriques. Les passifs des bords de route se rangent à l'abri et regardent tomber la pluie. Il n'y a que des toubabs pour courir. Oui, il n'y a que cinq toubabs pour courir et faire marrer les sénégalais penchés à leurs fenêtres.
Thibaud, Isabelle, Mathieu et moi, nous engouffrons dans un taxi. Un rideau de flotte s'abat violent sur la voiture alors que les visages terminent sommairement de s'essuyer. Monter dans un taxi Dakarois, c'est comme prendre l'avion. Pour être tranquille, se rassurer, il s'agit d'admettre que quoi qu'il arrive, on ne peut rien faire. Il faut accepter son impuissance, sinon les trajets sont invivables. Les taxis, jaunes et noirs, les officiels, tremblent, grincent, cognent mais roulent. Leurs carrosseries sont écorchées de parts et d'autres, les capots enfoncés, les pare-brise fissurés et ne tiennent qu'à un rétro viseur curieusement orienté. Certains n'ont pas de freins et terminent leurs courses en rétrogradant, s'aidant d'un trottoir pour s'immobiliser. Etre un taxi à Dakar, c'est se faufiler sans cesse, dépasser par la gauche, transformer une deux voies en quatre (Six, si le chauffeur est en forme), le tout avec une habilité impressionnante.
Le nôtre, malgré les "conditions climatiques", ne ralenti pas sa vitesse. Le taxi trace son sillage, ses pneus créent des déferlantes. L'ensemble de la circulation fait la houle. Des gerbes aspergent les passants passifs, qui râlent et improvisent des gestuelles. De la fenêtre du taxi, la route est un océan de boue vu du ciel. La pluie cogne, résonne. Elle est métallique, solide. L'eau ruisselle, abonde mais ne s'écoule pas. Le taxi gagne l'autoroute, les vitres se couvrent de buée. A l'arrière, la visibilité est nulle, nous en déduisons, par un habile raisonnement, que le chauffeur doit être confronté à un problème similaire. Dans la voiture, les visages se crispent un brin. Plus personne ne parle. Il freine brusquement, glisse sur un mètre et s'immobilise à vingt centimètres de la voiture de devant. L'inquiétude s'installe oscillant entre le silence et les rires nerveux.
Entre deux plaques de buée, nous distinguons vaguement les couleurs. Qu'importe, il ré-accèlère, se faufile. Isabelle regarde effarée. "Mais il ne voit rien là..." Les phrases sont peu nombreuses. "Tenez, un mouchoir..." propose Mathieu insistant. "Attendez, bougez pas, je vais le faire. Voilà, vous verrez mieux et... ça me rassure..." Thibaud chope mon micro. "Je demande pardon à tout le monde, ma famille mes amis..." Éclats de rires nerveux suivis de longs silences. Des accoups, des coups de frein, des relances, des glissades. Certes, à l’avant la vision est nulle mais il y a le paramètre arrière auquel nous n'avions pas songé. Sur le côté nous apercevons la route, les voitures qui se suivent étroitement et l'eau qui engorge les trottoirs, déferle sous les châssis. Le chauffeur se range sous un pont, sur le bas côté, manquant d'écraser les pieds d'une dizaine de personnes abrités. Nous mettons un certain temps à réaliser qu'il vient de crever. Il ne manquait que ça. Il sort de la voiture, ouvre son coffre et commence à changer la roue. Imperturbable, non paniqué. Nous descendons. Il a de l'eau jusqu'aux chevilles, les voitures circulent à moins de dix centimètres de son dos incliné. Il se fait éclabousser de tous côtés. Il change sa roue, pataugeant sans un mot. Les torrents s'écoulent des murets, impressionnants. Dix minutes plus tard, nous repartons, l'air de rien.
Nous parvenons à rentrer sains et saufs et humides. Ici, les orages durent à peine une heure mais quelle heure...

Dakar 2003 : Newsletter 4

Newsletter 4. Lundi 14 juillet au 26 juillet.

Fin et épilogue au voyage…

Les clôtures du projet ont eu lieu vendredi 18 juillet à Hann Bel Air et samedi 19 juillet aux Parcelles Assainies. Dès le samedi soir, le centre des Parcelles fonctionnait jusqu’à trois heures du matin. Une longue file pour accéder aux ordinateurs saluait l’ouverture du Centre.
A Fass Delorme, la connexion ADSL fut une des premières mise en place, mais les associations du quartier repoussent l’ouverture. Quelques détails de « température » à régler ralentissent le lancement des formations.
A Hann Bel-Air (Yahkar), le maire de la commune traîne lui aussi à signer l’abonnement ADSL. Magatte, futur chef de centre, veille et campe des heures entières dans le bureau du Maire. Toujours est-il que dans les trois locaux, les fondations (équipement, formateurs, administrateur et gestionnaires, etc.) sont organisées.
Après quatre jours de repos sur la plage somptueuse de Kayard, nous regagnons Dakar, sa pollution, ses embouteillages. Visites surprises dans les centres. Le centre des Parcelles impressionne. Tous les responsables sont présents. Belle image avant le départ. « …ils se débrouillent sans nous. Ils se sont pris en main, se sont organisés. Un peu l’impression de voir son bébé marcher seul ».
Puis les étudiants songeront de plus en plus au retour. La nourriture sénégalaise lasse. « Le riz, c’est fini et dire que je pensais que c’était mon premier amour, le riz c’est fini, je ne sais si j’en remangerai un jour… » chante Julien, Hassan, explosé de rire. Afric’Edu, fatiguée du riz, du poisson…
L’heure des premiers départs arrive. Bertrand et Jean nous quittent pour un autre voyage, empruntent une autre route. De la Mauritanie, à l’Espagne, en passant par le Maroc, l’adieu sur une plage.
Entre la fin de leur action à Dakar et le retour en France, les étudiants d’AfricEdu reviennent sur les étapes et dressent un bilan du projet. Une année d’investissement, cinq semaine d’immersion et au bout, tout au bout, trois centres de formation fonctionnels au lieu de deux et dix huit formateurs locaux préparés. « Concernant le projet, le bilan est plus que positif. Nous avons respecté nos engagements. Maintenant reste à savoir si le projet va perdurer… conclue Thibaud, j’en sais rien. Nous avons respecté les « clauses » de notre contrat. C’est désormais à eux de prendre définitivement la suite… »

Clôture des formations et lancement officiel à l’ORT d’Hann Bel-Air.

La clôture des projets eue lieu le vendredi 18 juillet à Hann Bel-Air et le samedi 19 juillet aux Parcelles.

Aux parcelles, DEGO, l’association des femmes du quartier prend le projet en cours, fermement en main.

Afric’Edu n’attendait que la réhabilitation du local pour installer le matériel informatique. Ce lundi 14 juillet, les travaux ont été réalisés et le matériel mis en place. Les formatrices et formateurs, formés jusque là à Fass Delorme, regagnent désormais leur propre centre.
Les Parcelles. Un quartier, hier encore, recouvert par la mer. Dakar s’étend, s’étire, loin de son centre. Vous voilà aux Parcelles. La devanture du local fait l’angle. Il y a encore deux semaines, la salle était dévastée, les murs fissurés, le sol défoncé, la poussière salée épousant le tout. En une semaine, Dego, l’association des femmes du quartier, a fait carreler le sol, aménagé l’intérieur du local, bâtit un muret pour éviter les infiltrations de pluies et dresser un auvent où figure inscrit à la peinture blanche « Centre d’Excellence et de Formation… ». L’équipe d’Afric’Edu salue l’initiative et le dynamisme de l’équipe des Parcelles. « On demande des nappes, on te les apporte dans l'heure... » m’explique Papa Malick, ravi.
Quelques jours après l’inauguration officielle du centre, formateurs et formatrices s’étaient tous créés leurs propres adresses mails et s’organisaient en équipes. Le Centre ouvre à dix heures et ferme à trois heures du matin. Dès le samedi, les responsables des Parcelles décident de lancer le cyber. Il tournera jusqu'à cinq heures du matin, les habitants font la queue pour accéder aux ordinateurs. Des scènes et des témoignages qui laissent espérer, démontre que l’action ne fut pas inutile.

Mails envoyés de Dakar à Lyon, le 29 juillet 2003.

« Bonjour j espère que tu bien arrivé je voudrai te dire que ça été un grand plaisir de travailler avec vous tu as été cool tout le monde vous dit merci je vous dis que le projet connaîtra un grand succès inchallah. Actuellement je suis entrain d installer le Norton dans les p3 c est un grand boulot car il n ont pas de lecteur de cd mais quand même j ai réussi à installer 3et il ne reste que 3 bon il faut que je te laisse.bonjour à la famille »
Ly Malick, Fass Delorme, administrateur du Centre

« allo bouillon , je commence a te demander si t'as commence a récupérer physiquement après
un séjour vraiment mouvemente au Sénégal
saches q j'ai vraiment ta nostalgie
tchao et a bientôt sur le net
(LE CYBER CA MARCHE A PART QUELQUES FOIS ON A DES PROBLEMES DE CONNEXION) »

abdallah dia, L'administrateur de parcelles

Tarifs et gestion des centres.

Les formations informatiques au Sénégal sont excessivement chères. Le tarif s’élève à 15000 francs CFA (soit 150 francs français) pour un mois avec 24 heures de cours réparties en trois séances de deux heures par semaine. Le Smic sénégalais varie entre 40000 et 50000 francs CFA (soit entre 400 et 500 francs français). Bokk Jang a établi des tarifs bien inférieurs de façon à « ouvrir » les centres aux plus démunis. Dans les trois centres, la formation coûte 5000 FCFA (soit 50 francs) pour les garçons et 3000 FCFA ( 30 francs) pour les filles. Toujours cette volonté pour Bokk Jang Bokk Jeff d’appliquer une discrimination positive à l’égard des couches populaires et en particulier des jeunes filles.
Bokk Jang est une association de bénévoles, non lucrative. Les rentrés d’argent réalisées par le centre assureront la pérennité du projet. A la fin du mois, l’argent permettra de régler la facture de la connexion Internet, l’électricité, le reste étant intégralement reversé aux six formateurs, administrateurs et animateurs de chaque centre sous forme d’une prime d’intéressement.

Photographie Grand-Angle.

Aux étudiants d’Afric’Edu, aux partenaires, à ceux qui ont partagé le voyage, l’aventure…

Car l’Essentiel n’est pas ce qui se trouve dans le cadre mais juste à coté, ce qui déborde sur la photo. L’à côté qui donne au sujet toute sa justesse, sa puissance et son honnêteté.

L’aéroport de jour. Il y a cinq semaines, j’étais arrivé de nuit, seul à Dakar. Les entassés des barrières sont toujours là. Je me souviens d’une arrivé, hier, mes sacs fermement serrés contre moi, la foule, leurs paroles, la tête baillant, à l’ouest, les yeux écarquillés, la profusion et l’enivrement d’une première claque. L’Afrique crue et nue. Aujourd’hui, je passe au milieu d’eux mon sac ballant et les yeux grands ouverts, sûr de moi, confiant. J’ai trop d’avance, je m’assois en haut d’un escalier griffonner les pages d’un journal de bord que je refuse de clore et une petite fille passe avec sa sœur, me sourit, légère, je lui souris. Elle s’arrête, revient sur ses pas, me tend sa main, amusée. Quelques mots de wolof à sa sœur, un « toubab » désormais bien connu glissé au milieu. Elle attrape délicate la main de sa petite sœur, me la tend amusante. Elles repartent toutes les deux, l’air de rien, comme elles s’étaient posées, souriantes, lentes, attentives. Le temps sénégalais, l’attention, la conviction agréable qu’au milieu du fouillis hallucinant d’un aéroport, d’une gare routière, d’un centre de Dakar grouillant, clinquant, bruyant, agité, un ou plusieurs regards « silence »vous posera, apaisant, une chaleur rassurante aux creux d’un visage aux dents blanches. Je note. « Ici, j’ai appris à sourire ».
Je regarde derrière les larges baies vitrées de l’aéroport.
Je revois ses terres rouges, ses peuples, ses couleurs, tout ce hors champs. Le trajet en taxi jusqu’à l’aéroport, un chauffeur auquel je ne dis pas grand chose. Je me chargeais une dernière fois d’images. « Pas un mot…», me confiera Jérémie plus tard, à Lyon. « Dans le taxi, tout le groupe était silencieux ». Pendant cinq semaines, j’ai accompagné la route de douze étudiants en école d’ingénieurs qui n’étaient pas là par hasard, qui recherchaient un ailleurs, autre chose. Le bordélique Nicolas, Papa Malick, son magnifique short « patchwork bariolé » ( !!) qu’il n’a d’ailleurs pas beaucoup mis, son « stand by me » guitare à répétition, son optimistes, sa barbe fleurie dont il est si fier et ses rêves hallucinants, entre « dévoré par des bêtes »ou « mangé par le ventilateur ». Romain, Daouda, son compagnon de chambré, à se raser tous les jours au poil près, petite tourista d’une semaine, le seul qui a été « bénéfiquement » marabouté, un coup de téléphone très matinal. L’autre Nicolas, Cheikh, qui dormait toutes les nuits à la belle, rabattant sa moustiquaire en fric frac juste avant que la pluie ne s’abatte sauvagement, ses bouteilles de Sprite achetées à la supérette du coin, ses biscream, toujours à amuser les gosses, les faire rire, à les faire s’envoler. Mathieu et Guillaume, nos deux supers toubabs. Mathieu cartésien, rigoureusement français mais à impressionner toute l’équipe d’Afric’Edu par sa patience, sa pédagogie et sa facilité à transmettre l’enseignement informatique. Guillaume, Moumoudou, rapidement rougi par le ciel, sa prudence perpétuelle à l’égard des partenaires, son sérieux à tenir les comptes, à tout noter. Jean, plus discret, introverti, curieux de voir, à tout prendre, qui se préparait déjà à un autre voyage. Bertrand, toujours en quête, plus solitaire, déambulant, échangeant, la guitare au sac ou à la main, saluant la moitié de la cité Isra d’un « salut à toi, ça va toi ? », tellement lui. Julien, Hassan, dit « le gouffre », comptez sur lui pour finir les plats, même ceux qui ne passent pas les portes, son éternel sourire, son succès auprès des habitants de Fass, surtout des petites demoiselles toutes amoureuses de lui. Jérémie, tellement heureux de pouvoir marcher dans la rue, « Salut, ça va ? » à droite, à gauche, au milieu. Prenant les sénégalais qui nous accostait pour nous traîner dans leur boutique à leur propre jeu. Il parlait plus qu’eux, de manière qu’ils se lassent aux bouts de quelques rues. Thibaud, le président, qui a su assumer son rôle à chaperonner le tout, à recadrer avec vigueur, à ne pas se laisser faire. Isa, Fatoumata, la « Dame » du groupe, ces coups de gueule contre les irrespectueux d’un monde qui nous a adopté, nous accueils bras ouvert, sa conviction intime que l’amour et la foi en quoi que ce soit, à l’image de Magatte, sont le moteur l’existence. Un groupe hétérogène, éclectique, dynamique et tenace. Des futurs ingénieurs qui ont su adapter et modeler leur rigueur scientifique à un pays, à un public qui n’en avait pas ou peu.
Il est cinq heures du matin, j’arrive à Madrid. J’enfourne ma montre dans le fond de ma poche, encore un temps. Prendre son cachet de Savarine encore…deux semaines.
« Saaaaaavarine !!! ». Petits déjeuners quotidiens assis en tailleur sur les nattes. Chaque matin comme l’appel à la prière rituel du Mufti… « Ah, j’allais oublier…».
Les gens ne se regardent pas. J’allume un petit cigare que Bertrand m’a laissé pour le départ, me replonge dans les premières pages.
Je me souviens de notre première rencontre avec Madame Sylla, présidente de Bokk Jang. Sa présence, ses paroles, son sourire avaient suffit à apaiser les esprits et les doutes d’Afric’Edu. Des épaules solides sur lesquels les étudiants se sont appuyés confiants, rassurés. Les murs s’abattent ou se contournent, toujours avancer. Afric’Edu au travers de Bokk Jang a compris l’importance d’avoir un partenaire local fiable et entreprenant. « Trois jours pour dédouaner le container ! ! ! ! », L’ambassade de France n’en revenait pas. Rien que ça, déjà. Ses contacts et ses relations. Et Magatte, la maman de ces douze toubabs, qui s’est occupé de nous comme de ses propres enfants, que l’on a épuisé tant elle était têtue et de cœur. Je les revois toutes les deux avec Thibaud dans le vaste bureau-salon du Ministre du Développement Social. Je me souviens de Cécile et Sophie qui nous ont fait à manger, se sont occupé de nous comme de leurs frères. Je revois le tas énorme de linge au milieu de la cour et ses réveils turbulents. « Allez, sortez tous vos affaires sales. La dame de la lessive est là… ».
Je revois l’installation des ordinateurs, les étudiants en train de monter les câbles réseau en plein cagnard. Cette vieille femme sur le bord de la route menant au centre de Fass qui les saluait à chaque passage, serrant ses poignes, les dressant vers le ciel. « Merci, Merci, Merci.. » « A chaque fois que l’on passe, elle nous dit bonjour avec ce sourire. Elle n’ira sans doute jamais au centre. Elle a du entendre parler du projet… » m’avait expliqué Julien, Hassan.
Aux Parcelles, je me souviendrai de ces enfants qui regardaient intrigués les écrans. Jérémie et Nicolas, prenant garçons et petites filles « tresses » sur leurs genoux, leur ouvrant les logiciels de dessin sur les bureaux. En quelques explications, les enfants sourient et dessinent. En dix minutes, ils ont assimilé le fonctionnement de la souris, les boutons....
Dans les trois centres, les formations sont gratuites pour les enfants.
Au centre de formation de Fass Delorme, je me souviens du calme et lent Bangoura, une cinquantaine d’année, membre de Bokk Jang/Bokk Jëf, qui a dormi sur un matelas dans une des pièces pendant toute la durée de l’installation. Son réveil qui sonnait en pleine après-midi. J’entends encore résonner sa radio dans cette salle du fond vide. Les quelques grésillements d’une antenne mal réglée.
Je termine le journal. J’embarque bientôt. J’ai retrouvé les journaux français. Je souris devant cette « fameuse » actualité qui ne fut pas la notre pendant ces cinq semaines. Des affaires qui semblent bien fades, bien petites et bien loin.
Certains vous expliqueront que l’Afrique ne pourra jamais s’en sortir. La corruption, les aberrations, les paresses. Certes, nous avons vu la belle Afrique. Un beau visage, celui du Sénégal, une impressionnante mégalopole métissée et tissée, Dakar. Un pays leader en Afrique de l’ouest, politiquement passé à l’opposition il y a quelques années ce qui laisse entendre que la démocratie est véritable et non celle du plus fort. Un sol sur lequel tradition et modernisme ne dessinent pas un paradoxe mais s’enlacent sans surprendre. « Mais pour combien de temps ? » vous dirait Bertrand. Une terre où musulmans et chrétiens cohabitent dans un respect mutuel et une entente profonde. A Djola, je sais que catholique et musulmans sont enterrés ensemble, le même cimetière, le même sol, la même terre. Une société où le rôle des femmes est indéniable. Dynamiques, entreprenantes, élégantes. Un pays où les ethnies se taquinent, « cousins plaisantins », mais se respectent dans leurs différences. Un pays ont le taux de personnes contaminées par le virus du sida demeure relativement stable et parmi les plus faibles d'Afrique, à 1,4 %, selon les derniers chiffres officiels (2001). Les campagnes d’information et de sensibilisations sont de plus en plus fréquentes. Sensibilisation également aux problèmes sanitaires. Le 5 juillet 2003, un événement télévisuel, la première fois qu’était organisé par le ministère de la Santé un Téléthon pour lutter contre le paludisme. 8 000 décès par an au Sénégal. 440 millions de CFA furent recueillis.
Bien sûr, il y aussi le reste… Cette pauvreté, pas la misère qui fait crever de faim, mais la pauvreté dans laquelle on vit, de laquelle on se débrouille. Tous ces petits boulots qui font d’un bordel apparent un fouillis terriblement organisé. Je revois un sénégalais circulant toute la journée entre les files de voitures arrêtées pour vendre une canne à pêche. Demeurent la saleté, la pollution et la crasse. Un détail au côté de ces gamins encore nombreux, les talibés, serrant leurs boîtes de conserve, mendiant aux feux, à qui il semble interdit ‘être un enfant.
Je gagne un pays sans couleur, sans odeur, aux lignes peintes en blanc, droites, en rang. Je rejette le pessimisme et le défaitisme des coopérants du Corto, bar à l’entrée de la cité où nous logions tenu par un couple de français à l’âpre et amère saveur encore trop « coloniale ». Cet enseignant de longue date en lycée français, ici à Dakar, que l’on a croisé, dépité d’une terre sur laquelle il vit depuis des années. L’Afrique est condamnée. Il y a un siècle, en pleine colonisation, l’Afrique tuait, puis l’Afrique a rendu malade, épuisé. Peut-être qu’aujourd’hui l’Afrique use. Je ne sais pas. Je refuse de le croire….
Comment communiquer cette Afrique que l’on a partagée à douze. « Va dire aux gens que pendant cinq semaines, tu as vécu au milieu de déchets, de crasse et de pollution et que tu as adoré ça…. » Va leur faire comprendre.
Enfin, je me souviens de ce grand gaillard de seize ans que le groupe avait surnommé affectueusement Dam Dam, qui passait chaque soir à la maison se poser avec nous. « En France, vous êtes tous riches comme dans les films ? » Sa curiosité et son envie terrible de venir là-bas, en France. Il nous demande les salaires de toutes les professions, d’ingénieur à électricien…bien-sûr pour toi Dam Dam. « Mais alors il suffit que je me débrouille et je gagnerai bien ma vie ». Le SMIC sénégalais se maintient entre 40000 et 50000 francs CFA par mois (soit entre 400 et 500 francs français). Tu sais Dam Dam, ce n’est pas si simple… « Mais tous ceux qui partent. Ils reviennent au bout de dix ans et ce font construire des maisons ». Que lui répondre, il a raison. Comment lui expliquer d’autres réalités tout aussi justes qu’il ne veuille pas entendre. Ils sont nombreux à être partis, à ne pas avoir franchi le hall d’un aéroport de France, à être revenu. Il le sait. Ils sont appelés les « Modoumodou », ces africains qui partent pour la France, l’Espagne, l’Allemagne ou l’Italie et qui reviennent tôt, tard ou pas.
J’écris une dernière ligne. « L’Afrique, comme toutes ces terres à cent lieues de la notre, finit par être un voyage intime. Quel que soit l’objectif du voyage… »

J’entends l’hôtesse au micro. « Lyon, le temps est nuageux, la température extérieure est de 30 degrés. Pour votre confort et votre sécurité, veuillez attacher vos ceintures, nous allons traverser quelques zones de turbulences... ». L’atterrissage sera long et mouvementé. Pour certains d’entre nous, elle ne croyait pas si bien dire...

Dakar 2003 : Article paru dans Le Soleil

Article extrait du quotidien national Le Soleil paru le mardi 8 juillet 2003 rubrique EDUCATION-SCIENCES & CULTURE

REDUCTION DE LA FRACTURE NUMERIQUE : Fass Delorme étrenne son centre multimédia

Fass Delorme a fait un pas dans la lutte contre la fracture numérique. Samedi dernier, les populations, femmes et Asc de jeunes ont pu constater, satisfaites, la vingtaine d'ordinateurs et accessoires disposés dans deux salles au premier étage du centre Socioculturel du quartier.
Le cadre de pratique des Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) est le fruit du projet "2B1-SN" (lire en anglais To Be One) de l'ASsociation Bokk Jang/ Bokk Jëf Sénégal (en langue wolof, "étudions et agissons ensemble pour développer le Sénégal"). Le projet a été développé en partenariat avec l'Association pour la Fromation de réseaux Internet commise à l'éducation et au développement des Universités (Afric'Edu). Cette association a été créée en 2000 par des jeunes lyonnais (France), dont la plupart des membres sont élèves ingénieurs.
de l'Ecole catholique des Arts et Métiers (Ecam Lyon). Aux dires du président d'AFric'Edu, Thibaud Helluy, l'association a pour vocation de "récupérer du matéreil informatique donné par des entreprises françaises, de l'acheminer jusqu'au pays d'accueil, l'installer sur place dans une université ou structure de formation et de rendre le projet viable sur le long terme par la formation du personnel". Depuis deux semaines à Dakar, ces jeunes (une dizaine) lyonnais de 22 ans de moyenne d'âge ont apporté un peu plus de soixante ordinateurs et matériels informatiques divers, dont une vingtaine de Pc alloués au centre de Fass Delorme. Mis en place, il y a trois ans, le projet 2B1-SN de "recherche et développement sur les Ntic" a pour but d'introduire celles-ci dans les communautés locales comme FAss Delorme. Selon Mme Fatimata Sèye Sylla, présidente de l'association sénégalaise créée en septembre 1997, à Dakar, Bokk Jang/Bokk Jëf s'intéresse à l'éducation, la formation professionnelle et la vulgarisation des Ntic en milieux défavorisés, au bénéfice notemment de la Femme et de la Jeunesse.
Le quartier Fass Delorme a été choisi juste à propos. Le maire de la commune d'arrondissement de Gueule Tapée-Fass-Colobane, Adama Bâ, venu présider la cérémonie de présentation du centre informatique en compagnie du ministre du développement social, Maïmouna Sourang Ndir, a fait savoir que "FAss est l'une des 19 communes d'arrondissement de Dakar les plus pauvres". En témoigne l'état du bâtiment abritant le centre Social de la localité. Murs défraîchis, lézardés et terrassement craquelés par endroits sur le point de s'écrouler. Les ordinateurs réceptionnés sont installés dans des salles en piteux état où règne une chaleur étouffante préjudiciable à la conservation des machiones qui ne peut assurer les deux ou trois ventilateurs mis en service.
Le ministre du Développement social, Maïmouna Sourand Ndir, a promis une enveloppe d'un milion FCFA déstiné à l'achat de chaises, de tables, etc. Fortement applaudie par l'assemblée de notables et de jeunes, elle a dit son engagement à rechercher avec eux les moyens et à les acconmpagner dans la bataille pour le développement social.
Mme Sourang Ndir a, par ailleurs, souhaité que l'expérience de Fass Delorme fasse tache d'huile.
"CE qu'Afric'Edu et Bokk Jang/Bokk Jëf ont fait se situe à la frontière de ce que je veux faire", avait expliqué M.Bâ. Il s'était dit disposé à mettre la grande salle de la mairie à la disposition des associations pour continuer les sessions périodiques de formation en informatique multimédia et d'initiaion à la pédagogie, suivies par 12 jeunes volontaires du quartier populaire depuis juillet 1999. D'après le maire, sa commune de 73.000 habitants n'encaisse" que 4,5 millions de FCFA de taxes".
Il a, en outre, annoncé la construction en cours d'un nouveau centre socioculturel sur l'espace vague contingu aux HLM Fass.
Outre l'objectif de former 300 apprenants pour ce premier centre, Afric'Edu et Bokk Jang/ Bokk Je¨f envisage dans le projet global To Be One de mettre en place deux autres du genre dans les localités de Hann et Parcelles Assainies, auxquelles est destinée la quarantaine d'autres ordinateurs (une vingtaine pour chaque quartier).
Afric'Edu en est à sa troisième expérience du genre. Le deuxième projet a mené l'association à Douala, au Cameroun, où dix membres de l'équipe 2002 d'élèves-ingénieurs ont mis 50 ordinateurs à la disposition de l'Université de la ville. Un an plutôt, six étudiants de l'ECam s'étaient rendus à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) pour y installer une vingtaine d'ordinateurs en réseau dans la bibliothèque.

M.L. BADJI